Note réalisée en collaboration avec la société de gestion WiseAM.

Devant les évolutions récentes de la crise sanitaire et économique liée à l’épidémie de coronavirus, nous avons décidé d’essayer d’apporter des informations régulières tant sur l’économie que sur les actions réalisées dans les portefeuilles. Ainsi, nous publierons chaque jour un Flash rapide et succinct des faits principaux de la veille et des opérations réalisées par notre société de gestion.

FLASH QUOTIDIEN #30 – 27 avril 2020

COMMENT DIT-ON « NO LIMIT » EN JAPONAIS ?

Comme nombre de Banques centrales, la priorité de la BoJ est, en ces temps de crise économique, d’assurer des conditions de financement favorables aux agents économiques (gouvernements et entreprises). Aussi, la réunion d’hier matin fut une nouvelle fois l’occasion de constater la force de frappe monétaire déployée : la Banque centrale du pays du Soleil Levant prévoit un renforcement de ses outil monétaires pour faire face à une récession qu’elle estime de l’ordre de 5% sur l’année 2020. Les limites qu’elle s’était elle-même fixées dans ses achats de dettes souveraines font désormais partie de l’histoire ancienne. Surtout, afin d’enrayer le risque qu’elle juge élevé quant à la solvabilité des entreprises, et notamment des banques, les mesures à destination de l’économie réelle ont été renforcées… Concrètement, la Banque centrale va renforcer ses achats de dettes d’entreprises (jusqu’à 20 000 milliards de yens – 169 milliards d’euros – pour les billets de trésorerie et d’obligations d’entreprises)… mais également ses achats d’ETFs sur ses marchés actions domestiques ! Ces annonces ont à l’évidence nourri le début de semaine des marchés actions, et notamment du Nikkei. Haruhiko Kuroda a par ailleurs annoncé que la BoJ n’hésiterait pas à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire… et qu’une baisse des taux était donc également possible.

ACCALMIE ITALIENNE AVANT LA BCE

Vendredi soir, Standard & Poors annonçait finalement ne pas jeter de l’huile sur le feu… et donc de ne pas dégrader la note de l’Italie. L’agence de notation a notamment jugé que les conditions de financement restaient très favorables malgré la remontée récente des taux souverains. Un point prépondérant, puisque l’intervention de la Banque Centrale Européenne est clairement le facteur unique de ces conditions de financement. Nombre d’observateurs soulignent d’ailleurs l’efficacité de l’institution la semaine passée pour enrayer la remontée du 10 ans italien. La Banque Centrale Européenne tachera cette semaine d’entretenir ce contexte porteur de politique monétaire à l’occasion de sa réunion du 30 avril. Qu’on se le dise, avec aussi la réunion de la Réserve Fédérale américaine, les Banques centrales sont en actions cette semaine !

A CHACUN SA VISION DU DECONFINEMENT

Si le Premier Ministre français doit s’adresser aux députés mardi, et que le débat se fait chaque jour plus intense sur la nécessité de rouvrir les écoles le 11 mai, il est intéressant d’observer la dynamique hors de nos frontières. Ainsi, le déconfinement débutera le 4 mai en Italie. Les écoles resteront en revanche fermées jusqu’en septembre. Sur le plan économique, notons que le gouvernement italien entend relancer son industrie, et a d’ores et déjà annoncé que l’ouverture de lieux publics comme les bars et restaurants se ferait le 1er juin. Le confinement est en revanche prolongé jusqu’au 9 mai en Espagne, bien que les enfants soient déjà autorisés à sortir. Outre Atlantique, le déconfinement progressif est envisagé par l’Etat de New York, (mais pas dans la ville du même nom dans un premier temps) à compter de la mi-mai. La zone, particulièrement touchée par le Coronavirus, (l’état de New York compte plus de cas que l’Allemagne) doit en effet rester prudente dans la gestion de la reprise de l’activité dont la mise à l’arrêt pénalise fortement l’économie locale.

LE POINT COVID-19 DU JOUR

Le cap des 3 millions de cas de Covid-19 dans le monde devrait être franchi dans la journée, et les Etats-Unis s’approchent du million de cas sur leur territoire (968 000 à l’heure où nous publions cette note). En France, le nombre de personne hospitalisées continue de baisser petit à petit tandis que les décès quotidiens ralentissent également. Au Royaume-Uni, la situation continue de se dégrader (l’épidémie de Covid-19 a débuté plus tardivement sur le territoire britannique) et le pays a dépassé le triste seuil des 20 000 décès.

UN PETIT COMPLEMENT MACRO-ECONOMIQUE

Le marché a consolidé la semaine dernière après trois semaines de progression. Plusieurs points importants :

  • La volatilité (risque) a continué de se normaliser (indice VIX sous les 40). L’indice VIX était monté jusqu’à 70.
  • Les nouveaux taux d’infection et de décès ralentissent, ce qui est une bonne nouvelle, mais déjà incorporée dans les prix. De plus, il s’agit davantage d’un déclin progressif que d’une baisse franche.
  • Malgré quelques annonces la semaine dernière (l’essentiel des programmes de soutien budgétaire et monétaire a déjà été mis en œuvre), ceci est également déjà intégré dans le cours des actifs.
  • Les données économiques qui sont publiées actuellement en Europe et aux US ne sont guère pertinentes car elles se rapportent à mars-avril. Elles confirment toutefois l’ampleur de l’effondrement économique. Les données chinoises indiquent quant à elles un retour très progressif à l’activité.
  • Enfin, le début de la saison des bénéfices n’a pas été une période d’analyse très importante. La plupart des entreprises ayant abandonné leur plan pour 2020. L’essentiel des surprises positives (~65 %) se concentre dans les secteurs défensifs, tandis que la plupart des secteurs cycliques et les financières ont fait pire que prévu. La croissance des bénéfices par actions a été jusqu’à présent plus faible que prévu, ce qui a poussé les analystes à réduire davantage leurs estimations pour 2020 et 2021.

En réalité, la seule question qui importe est la réouverture des économies (nature, timing). Bien que nous manquions de visibilité sur le sujet, il est clair que le processus risque d’être un peu chaotique et que les politiques seront différentes d’un pays à l’autre. Les pays les mieux équipés seront les premiers à sortir du confinement, limitant ainsi l’impact négatif sur leurs économies.

Les prix du pétrole ont fait les gros titres la semaine dernière, le WTI s’effondrant brièvement en territoire profondément négatif. La production américaine de pétrole brut devra diminuer pour réduire la pression sur les capacités de stockage américaines. Cependant, nous attendons toujours une normalisation progressive des prix du pétrole dans les prochains mois, car la demande de pétrole devrait redémarrer au cours de l’été, conséquence du redémarrage de l’économie américaine.

Les marchés actions pourraient rester sans grande tendance au cours des prochaines semaines. Cependant, la liquidité est si abondante, et tant d’investisseurs attendent une correction pour rentrer dans le marché, que nous doutons que toute rechute éventuelle puisse être très importante à court terme.

Nous voyons deux principaux risques. Le premier serait une extension excessive de la politique de confinement, qui obèrerait trop la capacité de résilience des économies. Le coût économique du confinement est exorbitant et semble avoir été largement sous-estimé. Le second serait une seconde vague épidémique, que ce soit à la sortie du confinement ou plus tard pendant l’hiver.

Concernant l’inflation, les anticipations se sont jusqu’à présent comportées comme lors de la crise déflationniste de 2008.

Toute crainte de déflation devrait être de courte durée. Le choc négatif de la demande lié à l’épidémie devrait rapidement s’estomper, tandis que le soutien massif et les mesures de relance prises par les autorités resteront en place pendant longtemps. La demande est actuellement largement réprimée. Elle devrait fortement progresser dès l’été. Les entreprises saisiront l’occasion et factureront des prix plus élevés, car elles devront rétablir leurs marges et leurs flux de trésorerie le plus rapidement possible. Par ailleurs, elles répercuteront sur le consommateur le surcoût lié à la prévention du risque sanitaire.

Nous nous attendons également à ce que les décideurs politiques fassent preuve de plus d’indulgence à l’égard de l’inflation, car une inflation un peu plus élevée serait la bienvenue pour réduire le fardeau de la dette publique. En particulier, les Banques centrales devraient laisser l’inflation dépasser considérablement leurs objectifs avant de durcir leurs politiques monétaires.

À long terme, enfin, la nouvelle tendance à la baisse de la mondialisation devrait également se traduire par une hausse de l’inflation.

Principaux indices

*Performance calculée sur les cours du 27/04/2020 à 17h30 heure française.

Revue de presse