Note réalisée en collaboration avec la société de gestion WiseAM.

Devant les évolutions récentes de la crise sanitaire et économique liée à l’épidémie de coronavirus, nous avons décidé d’essayer d’apporter des informations régulières tant sur l’économie que sur les actions réalisées dans les portefeuilles. Ainsi, nous publierons chaque jour un Flash rapide et succinct des faits principaux de la veille et des opérations réalisées par notre société de gestion.

FLASH QUOTIDIEN #26 – 20 avril 2020

A la vue du choc économique historique et du flou persistant sur le front sanitaire, le rebond récent des marchés actions peut surprendre. Si les observateurs peuvent logiquement être obnubilés par les multiples données disponibles sur la propagation du virus, il convient surtout de souligner la réaction spectaculaire et massive des banques centrales et autres gouvernements. Pour autant, certaines disparités persistent entre les différentes zones, notamment entre la puissance de frappe américaine et les distorsions qui perdurent, comme à leurs plus belles heures, dans l’Euroland. Après avoir commenté dans cette newsletter quotidienne, au gré des différentes annonces, les mesures de soutien déployées, nous nous attacherons dans ce billet à tirer un premier bilan des actions réalisées… et du chemin à parcourir, notamment sur le vieux continent !

LA FORCE DE FRAPPE DE L’ONCLE SAM

La Fed a frappé vite… et a frappé fort ! Dès le 23 mars, la Banque centrale américaine avait annoncé la mise en place d’un plan destiné à soutenir la trésorerie des banques… ainsi que celle de l’ensemble des agents économiques (ménages comme entreprises). Avant toute mesure budgétaire, ce sont ainsi près de 4 000 milliards de dollars de facilités qui ont été mis sur la table par la Fed, en plus des programmes d’achats illimités de bons du trésor et autres créances émises par les entreprises américaines ! Avec une rapidité et un pragmatisme à rendre jaloux les observateurs européens que nous sommes, démocrates et républicains ont enjoint le pas de la Réserve Fédérale en annonçant un plan de relance budgétaire de 2 000 milliards de dollars (dont 500 milliards de dollars d’aides directes aux ménages, le fameux « Helicopter money »). Ce plan de relance historique représente à lui seul près de 10% du PIB des Etats-Unis, et 2,5 fois le plan Paulson de 2008 mis en place après le début de la crise financière, du jamais vu tant dans l’ampleur de la réponse que dans sa rapidité !

Mais cela n’est visiblement pas suffisant… Alors que la campagne présidentielle bat son plein aux Etats-Unis, Donald Trump et ses opposants cherchent à soutenir davantage les entreprises et les ménages à travers cette crise, et à tuer dans l’œuf une crise économique qui, telle une épée de Damoclès, menace le pays de façon bien plus durable. C’est pourquoi de nouveaux plans d’aides sont d’ores et déjà prévus, aussi bien au niveau monétaire (Fed) que budgétaire (gouvernement).

Une fois ce diaporama posé, livrons-nous à un petit exercice de science(économique)-fiction : imaginez que le gouvernement fédéral américain n’existe pas, et que la Californie soit occupée dans son coin à dessiner ses propres relances budgétaires, avec la volonté cachée de concurrencer l’état de New York… Nous ne serions dans ce cas probablement pas occupés à souligner la puissance des mesures mises en place pour enrayer la crise économique actuelle. Surtout, La Fed aurait-elle pu dans ce contexte mettre en place le plan évoqué plus haut ? Rien n’est moins sûr… La transition est en revanche toute trouvée pour aborder la manière dont la Zone Euro aborde la crise, faite d’une réponse monétaire forte (BCE) mais finalement limitée par les désaccords entre les « sous-zones » (Etats du sud et ceux du nord notamment).

EN ZONE EURO, SOLVABILITE DES ETATS ASSUREE…
MAIS DU CHEMIN RESTE A PARCOURIR POUR INTENSIFIER LA REPONSE

Malgré le plan de relance de 500 milliards d’euros annoncé le 9 avril, la Zone Euro souffre malheureusement de la comparaison avec les Etats-Unis. Bien sûr, l’action de la Banque Centrale Européenne a nettement contribué à garantir la solvabilité des Etats. Dès le 18 mars, la BCE a ainsi lancé un programme d’achats obligations PEPP (pour « Pandemic Emergency Purchase Program ») de 750 milliards d’euros. Pour autant, une réelle cohésion tarde à se concrétiser, tant la solidarité budgétaire entre Etats relève pour l’instant du mirage. En d’autres termes, la réponse monétaire (apportée par la Banque centrale) ne s’annonce pas suffisante si un plan budgétaire global et concerté entre les Etats n’est pas mis en place. L’Allemagne, qui a totalement infléchi son dogme budgétaire sur le plan national, entend-elle bénéficier de son plan de relance bien plus important que celui de la France ? Autrement dit, le manque de solidarité sur le vieux continent s’explique-t-il par une volonté de compétition intra-zone ?

Tirer seul son épingle du jeu dans le contexte actuel fait porter un risque réel à la construction européenne future. Le Commissaire économique de l’Union Européenne Paolo Gentiloni a lui-même souligné la nécessité d’intensifier la réponse monétaire, militant lui-même pour un plan de 1 000 milliards d’euros supplémentaires. L’idée sous-jacente est de permettre désormais aux différents Etats de disposer des cartes nécessaires à un plan de relance soutenant la reprise économique. Les discussions au sein des institutions européennes vont donc se poursuivre, notamment concernant l’épineuse question de la mutualisation des dettes émises (Coronabonds) dans le cadre d’un plan de relance budgétaire. Comme évoqué précédemment, les désaccords entre les pays du nord de l’Europe et ceux du sud à ce sujet plombent les débats… L’Italie, la France et l’Espagne militent pour une réponse commune, tandis que l’Allemagne et les Pays-Bas émettent des réserves quant à la viabilité d’un tel projet sur le long terme et de son impact sur leurs propres capacités d’emprunt futures.

Nul besoin de préciser que le chemin à parcourir est encore très long pour parvenir à un consensus entre pays du Sud et partisans de la rigueur budgétaire. Les discussions prévues cette semaine, notamment au sujet du projet de « recovery fund » défendu par la France, permettront peut-être une avancée sur le sujet…

Comme nous avons pu l’évoquer dans nos différentes communications quotidiennes, nous n’en sommes qu’au début des plans de relances visant à soutenir l’économie mondiale. Ceux-ci devraient s’intensifier dans les semaines à venir, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Nous aurons par ailleurs l’occasion d’évoquer la réponse du reste du monde, et plus particulièrement en Asie, dans nos prochains flashs quotidiens.

Revue de presse